Patrimoine et création contemporaine, un cabinet
de curiosités à l’hôpital.

Les affaires culturelles des HUG ont fêté leurs dix ans. Leurs nombreuses activités s’adressent au plus grand nombre et explorent divers champs de l’art. Mieux encore, les expositions, concerts, lectures, publications et colloques attestent d’une vraie réflexion pour lancer des passerelles entre l’hôpital et la cité. S’agissant des arts plastiques cette volonté d’ouverture relève d’une tradition déjà ancienne. L’hommage rendu actuellement à Marcel Christin par l’exposition de sa collection et de documents montre l'engagement pour présenter l’art contemporain à l’hôpital, la création d’un cabinet de curiosité dans l’espace Abraham Joly s’inscrit dans cette lignée.
Cette idée esquissée lors des 5es rencontres de l’art à l’hôpital et développée dans un texte permet en fait de rassembler peintures, sculptures ou estampes acquises pour décorer l’hôpital, travaux produits ou offerts par des patients et objets de médecine. La proposition s’inscrit aussi dans une histoire et prolonge celle du musée constitué entre 1925 et 1938 par le Professeur Charles Ladame. Si la nostalgie et le goût du passé incitent à prendre ce premier cabinet de curiosité pour modèle, il n’est pourtant pas question de le reconstituer. En effet comme le disent justement Jacques Boesch et Anne-Laure Oberson l’art à l’hôpital doit tisser des liens entre l’établissement et la ville d’ou la nécessité de rester en prise avec l’actualité sans succomber au passéisme.
Justement aujourd’hui nombre d’artistes s’intéressent aux objets de l’art ou du quotidien créés par d’autre comme à la remise au jour de collections constituées. Invité durant six mois à collaborer avec le service des affaires culturelles nous nous attacherons avec des artistes à redonner à voir une partie du patrimoine longuement collectionné et conservé par les HUG.L’exposition Marcel Christin évoque son appartement par des œuvres lui appartenant et par deux photographies qui en restituent l’ambiance grandeur nature. Ces deux pans de murs constituent plus qu’un décor sur lequel s’appuyer pour ajouter à cet intérieur des objets de cette collection et accueillir des interventions artistiques ponctuelles. Pour rendre l’idée d’un mélange des genres, des goûts et des strates de ces acquisitions les modifications se feront par ajouts successifs.
Il importe tout d’abord de réintroduire comme dans tout intérieur moderne et dans les chambres de l’hôpital une télévision ne diffusant pas les programmes habituels mais un choix de vidéos d’artistes vivants.


 

Puisqu’il s’agit d’un appartement autant que d’une galerie retraçant l’histoire singulière de l’art à l’hôpital, des portraits de médecins installés dans l’esprit des salles des hommes illustres seraient encore les bienvenus tout comme les productions de patients.
Sans faire évènement ni monter une exposition permanente, il faut conserver à l’espace Abraham Joly ses fonctions d’accueil tout en changeant progressivement le décor et en mariant patrimoine et création contemporaine pour inviter tous les curieux à découvrir ou redécouvrir combien l’art et l’hôpital font bon ménage à Genève depuis longtemps déjà.

dates

Claude-Hubert Tatot ?Historien de l’art et enseignant à la Haute école d’art? et de design de Genève
Commissaire du cabinet des curiosités de janvier à juin 2009.

précédemment

archives